Valoriser l’erreur motrice chez l’enfant : et si c’était une force ?

Une erreur motrice, ce n’est pas un échec
Chez les enfants, l’apprentissage passe par l’expérimentation. Tomber, rater un geste, hésiter ou mal viser ne sont pas des fautes : ce sont des manifestations normales du développement moteur.
Or, dans notre société du « faire vite et bien », ces maladresses sont souvent mal perçues. Certains adultes corrigent, d’autres ignorent, parfois même punissent. Pourtant, valoriser l’erreur motrice chez l’enfant permet non seulement d’ancrer un apprentissage solide, mais aussi de nourrir la confiance en soi, la persévérance et la sécurité affective.
Les erreurs motrices : des signaux d’apprentissage
Selon Jean Le Boulch, pionnier de la psychomotricité, l’erreur est la preuve visible d’une adaptation en cours.
Le cerveau, le corps et l’environnement sont en train de dialoguer activement. Chaque tentative imparfaite est une « micro-correction » du schéma moteur en construction.
Trois grandes formes d’erreur motrice :
- Erreur d’intention : l’enfant choisit un geste inadapté au contexte.
- Erreur d’exécution : le geste est juste, mais mal réalisé (manque de force, de contrôle, de timing).
- Erreur émotionnelle : liée au stress, à la peur d’échouer ou au regard des autres.
Dans tous les cas, une réaction bienveillante permet à l’enfant de rester acteur de son mouvement, au lieu de le subir avec gêne ou découragement.
Ce que produit une erreur bien accompagnée
“L’erreur est un outil d’intégration, pas un verdict.”
— Gallahue & Ozmun, Understanding Motor Development
Lorsqu’un adulte valorise l’erreur, il transforme une frustration en levier d’apprentissage.
Cela stimule :
- La mémoire motrice active : le corps retient mieux lorsqu’il doit ajuster.
- La conscience du geste : l’enfant apprend à sentir, nommer, comparer.
- La sécurité affective : un climat sans peur favorise l’engagement moteur.
- La persévérance : si l’erreur n’est pas « punie », elle peut être dépassée.
À l’inverse, une remarque négative peut générer inhibition, évitement et baisse de motivation.
Valoriser ne veut pas dire accepter sans guider
L’erreur n’est pas à laisser passer sans observation. Valoriser, chez Swiss Kinetics, signifie encadrer sans condamner. Cela implique :
- De mettre des mots sur ce qui s’est passé (« Tu as vu ce que ton pied a fait ? »)
- D’aider l’enfant à reformuler son action (« On peut réessayer en regardant où va ton épaule »)
- De féliciter l’effort, la tentative ou l’intention, même si le résultat est imparfait
C’est là qu’intervient l’éducateur moteur : un adulte qui voit le processus, pas juste le résultat.
Et à la maison ?
Les parents jouent un rôle clé. L’erreur motrice se produit aussi en dehors du terrain :
- Quand l’enfant essaie d’attacher ses chaussures
- Lorsqu’il lance un ballon mais ne le rattrape pas
- Quand il saute trop court, ou oublie une consigne
Voici quelques phrases à privilégier à la maison :
- « Tu as essayé quelque chose de nouveau, bravo ! »
- « Ce n’est pas encore tout à fait ça, mais tu t’en approches. »
- « Regarde comme tu t’es mieux organisé qu’hier. »
- « Tu as envie de recommencer ? Moi je crois que tu peux y arriver. »
Ce type de message nourrit un état émotionnel favorable à la progression.
Pourquoi c’est fondamental à Swiss Kinetics
À la Swiss Kinetics Academy, nous ne cherchons pas des gestes parfaits mais des enfants qui osent essayer.
Nous croyons que la maîtrise technique ne vient pas d’un système rigide, mais d’un cadre sécurisé, stimulant et humain, où chaque geste est accueilli comme une étape vers l’autonomie.
Dans nos séances, l’erreur est observée, valorisée, retravaillée — jamais moquée, ni ignorée.
C’est cela qui permet à l’enfant :
- d’oser sortir de sa zone de confort
- de se concentrer sur l’action, pas sur le regard extérieur
- de développer un lien positif avec son corps
En résumé
| Réaction face à l’erreur motrice | Conséquence sur l’enfant |
|---|---|
| Punir ou critiquer | Peur, inhibition, repli |
| Ignorer ou banaliser | Frustration, flou |
| Valoriser et guider | Confiance, motivation, adaptation |
Aller plus loin
🔗 Découvrez aussi notre article :
Temps de latence motrice chez l’enfant : un indicateur précieux
📚 Références :
- Le Boulch, J. (1992). L’Éducation par le mouvement
- Gallahue, D. & Ozmun, J. (2012). Understanding Motor Development
Swiss Kinetics Academy
Apprendre à jouer. Jouer pour grandir.
Un cadre stimulant pour évoluer avec plaisir et confiance.



