Une vie perdue qui souligne une réalité: Les tests cardiologiques doivent devenir un passage obligé dans le sport chez les jeunes
Le 2 juin 2025, Mamadou Barry, un footballeur de 19 ans, s’est effondré sur le terrain lors d’un match de la Youth League A à La Chaux-de-Fonds. Il est décédé sur place.
“Article intégral dans : https://www.arcinfo.ch/neuchatel-canton/montagnes/la-chaux-de-fonds/un-jeune-homme-decede-lors-dun-match-de-football-a-la-chaux-de-fonds-1454854“
Cet événement tragique révèle un problème souvent ignoré en Suisse : l’absence d’examens médicaux obligatoires et systématiques pour les jeunes sportifs. Cette lacune pose une question essentielle : les jeunes sportifs bénéficient-ils vraiment d’une préparation médicale adaptée aux exigences du sport de compétition ?
Sans cadre clair et uniforme, les responsabilités se répartissent entre clubs, fédérations et familles. Par conséquent, la sécurité varie fortement d’un canton à l’autre. Peut-on encore parler de prévention, ou bien assistons-nous à une forme d’aveuglement collectif ?
Un risque invisible, mais potentiellement mortel
Des études sérieuses montrent que la mort subite frappe brutalement les jeunes sportifs, bien que ce phénomène reste rare. Selon le New England Journal of Medicine (Maron et al., 2007), la plupart des décès résultent d’anomalies cardiaques congénitales non détectées. Pourtant, des examens simples, tels que l’électrocardiogramme (ECG) ou l’échocardiographie, permettent de les identifier.
Par ailleurs, une étude italienne (Corrado et al., European Heart Journal, 2006) a démontré que le dépistage systématique a réduit la mortalité subite de 89 % sur 25 ans.

Et les plus jeunes athlètes ?
Si l’attention se porte davantage sur les adolescents, les enfants restent largement oubliés. Pourtant, ils participent à des entraînements et à des compétitions qui sollicitent intensément leur corps et leur esprit.
Certaines anomalies cardiaques n’entraînent aucun symptôme visible. En conséquence, attendre que l’enfant grandisse pour effectuer un contrôle constitue un pari dangereux.
Suisse : un vide réglementaire préoccupant
En Suisse, aucune loi n’impose :
- un examen médical annuel pour les jeunes sportifs,
- un ECG systématique avant la compétition.
En comparaison :
- Au Portugal, les jeunes ne peuvent pas participer aux compétitions fédérées sans certificat médical et ECG annuel.
- En France, le certificat médical de non contre-indication est obligatoire chaque année pour toute licence sportive.
- En Italie, le dépistage cardiaque, instauré en 1982, est reconnu comme un modèle mondial.
- En Espagne, bien que le certificat médical soit exigé, la rigueur des contrôles varie selon les régions. Par exemple, La Rioja impose un ECG annuel jusqu’à 18 ans.
- Au Royaume-Uni, un questionnaire de santé et un examen médical de base précèdent généralement la participation aux compétitions.
Clubs, associations et parents suisses prennent souvent seuls cette responsabilité, parfois sans connaître les risques réels.
Une tragédie qui a inspiré une mobilisation nationale
En 2018, Tom Henson, un jeune de 23 ans passionné de football, est décédé subitement d’un arrêt cardiaque alors qu’il jouait avec des amis à Derbyshire. Les tests ont révélé qu’il souffrait d’une sténose aortique supravalvulaire, une condition cardiaque congénitale souvent asymptomatique. Cet événement tragique a mis en lumière la réalité des morts subites chez les jeunes et a conduit à une mobilisation en faveur de la prévention.bhf.org.uk+1thesun.ie+1
Sa famille a créé la Tom Henson Charity, collectant des fonds pour installer des défibrillateurs dans les communautés locales. Parallèlement, la British Heart Foundation (BHF) a lancé une série de vidéos de sensibilisation, soulignant que chaque semaine, 12 jeunes de moins de 35 ans décèdent au Royaume-Uni d’une mort cardiaque subite. Le Dr Charmaine Griffiths, directrice générale de la BHF, a déclaré : « Chaque semaine, 12 jeunes perdent la vie à cause de conditions cardiaques non diagnostiquées. » sadsuk.org.uk+2independent.co.uk+2thesun.ie+2thesun.ie
Cette campagne a été renforcée par l’installation de fresques murales en mémoire de jeunes sportifs décédés prématurément, dont celle de Jamie Skinner à Leith, en Écosse. La famille de Jamie a également créé la Jamie Skinner Foundation, fournissant plus de 100 défibrillateurs et formant de nombreuses personnes au secourisme. independent.co.uk
Ces initiatives illustrent l’importance de la sensibilisation et de la prévention face aux risques cardiaques chez les jeunes, soulignant la nécessité d’un encadrement médical rigoureux, comme le préconisent des organisations telles que Cardiac Risk in the Young (CRY). en.wikipedia.org+1bbc.com+1
La responsabilité revient aux familles et éducateurs
Faute de cadre légal clair, familles, entraîneurs et éducateurs se retrouvent en première ligne. Or, attendre une réforme revient parfois à attendre trop tard.
Dès maintenant, chacun peut agir :
- demander un examen cardiologique annuel chez le pédiatre ou médecin de famille ;
- insister pour obtenir un ECG, même sans symptômes ;
- engager un dialogue avec le club ou l’école de sport pour mettre en place des protocoles préventifs ;
- rester vigilant aux signes d’alerte : essoufflement excessif, douleurs thoraciques, malaises, palpitations.
Témoignage personnel : une frustration douloureuse, un appel à l’action
« Après plusieurs années dans le football junior, je constate un réel manque de conscience autour de la santé cardiaque. Beaucoup d’entraîneurs imposent des efforts intenses aux enfants sans vérifier leur état médical. Ce manque d’information provient du fait que les fédérations ne prennent pas la sécurité au sérieux.
J’ai souvent échangé avec des parents et éducateurs. Le risque est banalisé, la formation est insuffisante. Lorsque j’ai appris la mort de Mamadou, j’ai ressenti frustration, injustice et culpabilité. Moi-même, enfant, j’ai toujours passé des examens médicaux avant la compétition. Ce drame, je le redoutais. Il est arrivé, malheureusement trop tard pour Mamadou. Mais allons-nous encore attendre pour agir ? Combien de temps encore les examens cardiaques doivent-ils rester facultatifs dans le sport junior ? »
La prévention est le meilleur entraînement
On parle beaucoup de technique, de nutrition et de psychologie. Cependant, si l’on oublie le cœur, tout peut s’effondrer en quelques secondes.
Le dépistage cardiaque annuel doit devenir une évidence, au même titre que les protège-tibias ou le certificat d’assurance.
Conclusion : agissons avant qu’il ne soit trop tard
Le sport forme et élève. Toutefois, il ne peut ignorer la sécurité vitale de ses pratiquants.
Parents, éducateurs, entraîneurs, fédérations : la responsabilité est collective. Agir aujourd’hui permettra de sauver des vies demain. Les examens cardiaques doivent devenir obligatoires dans le sport junior.




